Oliver Devon était allongé sur son lit, les yeux fixés au plafond alors qu'il était seize heures de l'après-midi. Oliver ne restait jamais au lit ou dans une position allongée une fois sept heures du matin passé. Depuis sa plus tendre enfance, il suivait le même rituel : se lever tôt, se laver et s'empresser de remplir chaque seconde et minute de sa journée. Oliver ne se reposait jamais, ne flemmardait jamais. Mais toutes les bonnes choses avaient une fin. Depuis qu'il avait découvert que sa fiancée était une garce sans scrupules mais assez dérangée pour se planter une épée dans le ventre, sa vie n'avait plus de sens. Il ne la contrôlait plus, se contentant de suivre les ordres et les demandes de Tayra qu'il avait ammené chez elle. Il en venait presque à regretter d'avoir prié pour elle pour qu'elle s'en sorte puisque maintenant elle était devenue un véritable poids. Il avait surtout de la peine en fait pour Lyra qui se sentait tellement coupable, qu'elle avait proposé de s'occuper de Tayra. Mais sa fiancée profitait de la situation et d'elle exactement comme elle profitait de lui. Mais sa foi en Dieu et ses derniers sentiments pour Tayra l'empêchait de la mettre à la rue avec ses affaires et son affreuse cicatrice sur le ventre à cause de l'épée. Les yeux fermés, Oliver profitait d'une sortie de Tayra avec ses parents pour apprécier le calme de la maison. Il se demandait comment Tayra était passée d'une jeune femme adorable à une peste qui faisait tout pour lui gâcher la vie alors que c'était elle qui l'avait trompé pendant des mois. Certains de mériter son sort, Oliver n'avait même plus envie de faire des efforts et de se montrer vaillant comme sa religion le lui suggérait. Non il avait envie de rester là à rien faire sinon à maudir Tayra et le jour où il était tombé amoureux d'elle.
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Lyra avait tenté de ne pas laisser éclater sa joie - ou plutôt son soulagement - en apprenant que cette garce de Tayra la laissait en paix un instant et partait se promener avec les parents d'Oliver. Elle se demandait quand même comment ils pouvaient encore l'adorer et l'accepter chez elle alors que cette fille était une plaie, dangereuse qui plus est. Lyra aurait presque préféré que Tayra la plante elle au lieu de retourner l'arme dans son propre ventre, au moins elle n'aurait jamais eu à culpabiliser d'avoir voulu sa mort Lyra ne se reconnaissait pas, ce n'était pas dans ses habitudes de ne pas parler trop fort, de ne pas rire, de ne pas être agaçante et trop inconstante. Mais en fait depuis l'accident de Tayra elle était carrément passé en mode automatique, se contentant de faire ce que la jeune fille lui demandait sans trop rechigner et attendant qu'elle aille réellement bien pour recommencer sa petite vie en oubliant et Tayra, et Oliver. Parce que si Lyra culpabilisait à mort d'avoir fait éclater le petit cocon parfait de Tayra elle se sentait mal par rapport à Oliver parce qu'elle était sûre que si elle n'avait pas dit à Tayra qu'ils s'étaient embrassés sur le coup de la colère, rien de tout ça ne serait arrivé. Ils seraient toujours ensemble à s'aimer à leur façon super bizarre et elle elle serait... fidèle à elle même. Après tout, elle appréciait beaucoup Oliver mais elle était persuadée de pouvoir de nouveau s'effacer ou d'apprendre à la détester comme avant. Ou peut être pas en fait. La culpabilité lui faisait oublier un tas de trucs pourtant super impotants comme le fait qu'elle n'ait pas planté Tayra d'une épée, ou que ce n'était pas sa faute si leur couple avait volé en éclats mais plutôt celle de la personne qui trompait son copain depuis... un moment. Après avoir fait le lit de Tayra et aéré la chambre, Lyra allait descendre les escaliers pour sortir de cette maison où elle étouffait en attendant que Tayra revienne. En passant devant la chambre entrouverte d'Oliver et surtout en le voyant totalement amorphe sur son lit, Lyra passa sa tête dans l'embrasure et afficha une moue inquiète avant de prendre la parole du ton doucereux qu'elle avait pris l'habitude d'utiliser depuis maintenant un mois:
- Tiens, tu n'es pas sorti ? Je croyais que tu partais avec Tayra.
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En entendant la voix de Lyra, Oliver fut aussi surpris de ne pas la savoir avec ses amis pendant l'escapade de Tayra. Les yeux clos, il se contenta de soupirer bien fort.
- J'en peux plus.
Oliver se releva et s'asseya sur le bord de son lit pour faire face à sa meilleure ennemie qu'il avait de plus en plus de mal à détester contrairement à sa fiancée qu'il devait pourtant bientôt épouser. Oliver ne savait pas trop pour où commencer en plus de quatre semaines, il n'avait pas eu le temps de se lancer en fait l'omniprésence de Tayra avait un peu réduit ses chances de même dire bonjour à Lyra. C'était le moment où jamais.
- Lyra... Ca fait un mois que j'essaye de te le dire mais tu n'y es pour rien pour Tayra. Tu n'as pas à faire tout ça. C'est trop et elle en profite. Elle va te détruire elle veut se venger de je ne sais quoi et tu ferais mieux de partir avant qu'elle réussisse. Prends tes affaires et pars avant qu'il soit trop tard.
Oliver aimait trop Lyra enfin il l'appréciait trop pour la laisser se faire broyer par sa fiancée remplie de colère. Lui, il devait rester parce que c'était son devoir. Même si Tayra et lui n'étaient pas marié il appliquait la devise "Pour le meilleur et pour le pire". Elle l'avait trompé mais il faisait avec parce qu'il ne pouvait pas la lâcher à la première épreuve. Le plus dur à supporter était en fait sa méchanceté et sa facilité à oublier qu'elle l'avait blessé et trahi. Tayra lui reprochait sa liaison avec Lyra en oubliant que pendant deux ans elle avait flirté avec un autre garçon sous son nez. Oliver ne pouvait rien lui dire puisqu'elle se servait de son état pour l'appitoyer et l'empêcher de hurler toute sa rage.
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Même si elle savait que la situation devait être pesante pour Oliver qui lui avait toujours donné le sentiment de contrôler parfaitement sa vie, entendre un "j'en peux plus" de sa propre bouche avait quelque chose de choquant, qui montrait réellement qu'il était à bout. Et que la situation était vraiment exagérée. Lyra avait conscience que Tayra était méchante et mesquine, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de se sentir redevable. Après tout, peut être que si elle n'avait pas dit d'une façon idiote qu'elle souhaitait la tuer, elle n'aurait jamais eu l'idée encore plus ridicule de se planter elle même une épée dans le ventre. Et puis l'entendre crier son prénom lui avait glacé le sang. Si elle se soumettait aussi facilement à Tayra, c'est parce que cette fille l'intimidait. D'ailleurs, elle l'avait toujours intimidée, comme lorsqu'elle avait éxigé qu'elle la raccompagne chez elle. Sans l'intervention d'Oliver, il était clair que Lyra aurait obtempéré. Elle était autoritaire et Lyra avait beaucoup de mal avec ces gens là, parce qu'elle était gentille et que par conséquent elle n'aimait pas aller à l'affrontement, mais également parce que ça lui rappelait l'éducation trop stricte qu'on avait tenté de lui inculquer, sans réel succès. Oui, Lyra était plus Gandhi qu'Hitler, même si le premier s'était fait assassiner alors qu'il véhiculait des idées de paix, tandis que personne n'avait eu la joie d'éliminer le second, pourtant fou dangereux. Lyra se sentait réellement peinée pour Oliver, encore plus que pour elle-même parce que si elle, elle était guidée par la culpabilité, elle avait toujours le choix de partir, elle ne devait rien à Tayra. Elles n'étaient pas amies, bien au contraire. Oliver, lui, était forcé de rester, il n'avait pas vraiment le choix au risque de passer pour un lâche ou une personne méchante. Alors qu'entre eux deux, tout le monde avait fini par comprendre que le monstre dérangé était Tayra, et non pas Oliver.
- Je sais. Enfin, je veux dire, je comprends. Il y a de quoi être à bout.
Lyra afficha un léger sourire quelque peu forcé parce que la situation avait fini par ne plus du tout l'amuser. Enfin, elle ne l'avait jamais amusé, en fait. Elle avait l'impression d'être enfermée dans une cage et de ne pas vraiment pouvoir en sortir. La vie sédentaire et répétitive qu'elle menait était parfois difficile surtout que son moral n'était pas au rendez-vous et ne lui permettait pas de rire, par exemple, ou même de méditer tranquillement. Elle s'avança timidement jusqu'à Oliver et s'asseya au bord du lit en laissant une distance raisonnable entre eux deux. Si Lyra savait qu'elle pouvait se blottir contre Manu sans ambiguité si ça n'allait pas, elle ne se permettait pas de le faire avec Oliver de peur d'être rejettée ou d'essuyer une de ses engueulades mémorables. En l'entendant parler, elle se sentit quelque peu soulagée, même si elle s'en voulait toujours terriblement d'avoir voulu tuer Tayra. Ou du moins de lui avoir dit. Lyra se mordit la lèvre inferieure, vraiment émue qu'Oliver trouve les mots qu'elle avait besoin d'entendre depuis un mois, alors que même celui qui était censé être son âme soeur n'en avait pas été capable, à moins que son "dis à tayra d'aller se faire foutre" après de multiples reproches pouvaient être assimilés à du réconfort. Elle se sentait bizarrement plus légère et soulagée mais une étrange boule dans la gorge l'empêchait de répondre quelque chose de cohérent. Tout en se retenant de montrer à quel point elle pouvait être émotive parce que les paroles d'Oliver la touchait, Lyra se rapprocha doucement et le serra dans ses bras pour exprimer sa gratitude, prête à essuyer une tempête Oliver.
- Merci, vraiment. Mais tu sais, je lui ai dis des choses méchantes à la fête, je m'en veux. Et puis, tu y es pour rien non plus, tu n'as pas à subir. Alors je t'abandonne pas, c'est ce que font les amis. Jusqu'à ce qu'elle aille bien.
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Oliver pour une fois ne s'échappa et ne repoussa pas Lyra face à sa démonstration d'amitié. Il avait besoin d'un peu de tendresse vu que sa petite amie était folle mais au vrai sens du terme et trop occupée à lui pourir la vie pour le rendre heureux. Sentir quelqu'un juste le prendre dans ses bras était quelque chose qu'il lui avait manqué et il n'aurait jamais pensé que le fait que ce soit justement Lyra qui le fasse le rende si heureux. Il posa sa tête sur son épaule et l'étreignit doucement. Oliver s'éloigna un peu de Lyra pour la regarder dans les yeux en caressant doucement sa joue avec son index avant de s'arrêter de lui même en regardant sa main sans trop comprendre pourquoi il avait fait ça. Genre.
- Merci. Merci d'être là. Merci de rester. Merci d'être mon amie.
Ca faisait beaucoup de merci dans une même phrase et beaucoup de merci pour Oliver lui qui utilisait ce mot avec parcimonie. Il était fatigué de devoir se retenir de dire ce qu'il pensait. Pour une fois c'était agréable de se lâcher sans penser au x conséquences. Il devait faire ça plus souvent mais il ne sentait pas encore prêt à abandonner son costume de 'Strict Oliver'. Oliver lâcha un sourire à Lyra comme il en faisait rarement et comme celui là n'était ni forcé ni faux, il ne lui déformait pas les traits pour lui donner l'air encore plus méchant.
- Au fait...
Oliver se leva et farfouilla dans ses affaires bien rangé, avant de sortir une feuille de papier cançon couleur beige, pliée en deux et de la tendre à Lyra. Son portrait. Pas aussi réussi que ce que la jeune fille dessinait mais le trait était fin, délicat, soigné tout le contraire de ce qu'il affichait en public... et en privé. Il reprit sa place sur le lit et attendit la critique de Lyra. Même si elle était négative, il était trop fatigué pour lui retorquer un truc encore plus méchant.
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Lyra se laissa aller dans les bras rassurants d'Oliver tout en lui caressant doucement le dos. Elle était si désinvolte et insouciante qu'elle n'avait même pas pris le temps de réflechir deux minutes et de constater à quel point elle avait fini par s'habituer à la présence d'Oliver, à son caractère si opposé au sien et surtout, de constater à quel point elle l'appréciait maintenant. Certes, elle était persuadée qu'elle ne pourrait jamais lui faire apprécier les furets, la méditation et les bienfaits d'un rite initiatique en plein coeur de l'Amérique Latine et qu'elle même n'arriverait jamais à assouplir les principes du garçon, mais Lyra s'était attaché à Oliver. Vraiment. Malgé le nombre incalculable de fois où il avait été méchant ou même mesquin avec elle. Elle avait pu se rendre compte que derrière cette façace de grand méchant austère, il savait se montrer sensible et parfois même adorable. Elle ne savait pas trop si c'était ce mois d'escalavage intense qui le lui faisait réaliser ou alors la grâce divine, mais en tout cas le fait était là. Lyra finit par se détacher d'Oliver et sourit timidement lorsqu'il lui caressa la joue. Depuis quand était-elle timide ? Elle qui était toujours excessive, trop expansive et agaçante, elle n'en avait même plus le courage, et ne voulait pas gâcher son seul moment de répit avec Oliver en gesticulant comme à son habitude. Parce que si Manu pouvait le supporter, elle n'était pas sûre qu'Oliver s'y accoutume. Surtout lorsqu'il devait faire face à une fiancée tarée. Qu'il allait bientôt épouser, horreur. Est-ce que Tayra mourait si par mégarde elle oubliait de changer ses pansements ? Enfin, ça ne risquait pas d'arriver puisque Tayra était très persuasive et qu'elle l'impressionnait énormément.
- De rien... Tu crois pas que si tu lui parles calmement, Tayra finira par comprendre qu'elle est la seule responsable de son état et qu'elle arrêtera de te gâcher la vie ?
Si Lyra avait été troublée par les 'mercis' d'Oliver alors qu'elle n'avait pas le souvenir qu'il l'ait une seule fois remerciée pour quelque chose - à vrai dire, elle ne lui en avait pas non plus réellement donné l'occasion - le voir lui tendre son portrait était encore plus déroutant et ses lèvres se fendirent un grand sourire enfantin et spontané, comme elle n'en avait plus esquissé depuis... longtemps. Elle continuait à tenir précieusement la feuille de papier Canson sans même l'ouvrir pour le regarder, comme si le fait d'y jeter un coup d'oeil allait le faire disparaître. Ne voulant pas qu'Oliver prenne mal son hésitation alors qu'en fait elle savourait juste le moment, elle finit parl le déplier et agrandir encore un peu plus son sourire. Oui, il savait dessiner. Même très bien. Lyra se trouvait bien plus jolie qu'en réalité et Oliver ne lui avait même pas dessiné un nez énorme pour se venger ou tout simplement pour la faire enrager. Pour uen fois, elle ne savait même pas quoi dire, alors qu'en règle générale elle n'avait pas son pareil pour parler trop et trop vite et enquiquiner son entourage. Reposant ses yeux noisettes sur le garçon, Lyra serra le dessin contre elle avant de prendre la parole d'une façon bien plus posée que d'ordinaire
- Je... je sais pas quoi dire. Il est parfait. Et bien plus réussi que l'originale.
Lyra passa la main dans ses cheveux bruns un brin gênée, avant de se nouer ses bras autour du cou d'Oliver pour l'embrasser spontanément, tout en sachant très bien que c'était ridicule et qu'on était pas censé embrasser un futur marié alors que sa folle de fiancée était en vadrouille. Mais Lyra n'avait jamais été logique et elle ne voyait pas de meilleure façon pour le remercier et faire ce dont elle avait vraiment envie, puisqu'elle n'arriverait jamais à l'exprimer par des mots.
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Oliver se gratta la tête en essayant de compter le nombre de fois qu'il avait essayé de parler à Tayra pour lui faire comprendre qu'elle était en tort. Mais elle usait et abusait de son état pout faire cesser toute discussione et tournait la situation à son avantage. A chaque fois qu'kOliver n'avait plus de scrupules à la mettre à la porte il croisait ses yeux bleus et se rappelait combien ils avaient été heureux ensembles à une époque. Il ne pouvait pas lui faire ça même si elle était ignoble avec lui. Par contre Lyra n'avait pas à enduré toutes ses souffrances. Il ne comprenait ce que Tayra avait contre elle au juste, sachant qu'elle était elle même coupable d'infidelité avec fautes aggravées.
- J'ai essayé. Je sais ça parait incroyable mais je sais être gentil. Surtout avec elle. Mais elle ne veut pas entendre raison. La Tayra que j'aimais est en train de disparaître.
Le pire était qu'il n'exagérait même pas. La charmante Tayra laissait place à quelqu'un d'exécrable et Oliver n'était plus sûr de vouloir épouser cette personne. Tayra avait toujours été la partie appaisante et sympathique de leur duo. Si les rôles changeaient est ce que ça signifait qu'il devait être gentil et dessiner des portraits de tout le monde ? Oliver regardait gauchement ses pieds incapable de soutenir le regard de Lyra. l était tenté de l'insulter et de la rabaisser pour se sentir moins "nu" face à elle. Ses compliments l'embarassaient et il ne savait pas du tout quoi lui répondre. Il leva les yeux un quart de seconde, pour voir les lèvres de Lyra arriver et se poser sur les siennes. La surprise passée, il ferma les yeux pour poser ses mains sur sa taille et le prolonger doucement en la serrant contre lui. Il savait qu'il devait arrêter et l'accuser de tous les maux mais Oliver avait en fait attendu inconsciemment ce baiser pendant un mois si ce n'est plus. Oliver se détacha enfin de Lyra, du moins ses lèvres, et resta son front posé contre le sien. Il n'était pas un adepte des gestes tendres mais là il lui venait naturellement. Oliver soupira légèrement en caressant la joue de Lyra. Il avait des tas de choses à lui dire mais rien ne sortait.
- Tayra... Je veux dire... Je suis content que le dessin te plaise.
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Lyra ne rajouta rien sur le sujet de Tayra étant donné qu'elle comprenait - ou du moins elle essayait sincèrement de comprendre - ce qu'Oliver devait ressentir. Ca devait être dur de tourner une page que l'on avait aimé. Après tout, elle n'avait pas le droit de s'immiscer dans sa vie et en plus de lui demander de parler à Tayra, c'était bien trop égoïste de sa part. Elle avait besoin de lui, aussi méchante soit-elle. Même si ça faisait mal à avouer. Mais si Lyra avait des défauts, en tout cas elle n'était pas égoïste et n'avait aucun mal à faire passer les autres avant elle. Si elle arrivait facilement à se détacher de toute contrainte matérielle - c'était sans doute la raison de son absence de meubles chez elle - elle ne pouvait pas s'empêcher d'être quelque peu possessive avec les personnes qu'elle appréciait, tout en sachant que c'était mal. Et illogique, puisque si elle n'aimait pas que les autres le fassent, elle ne se gênait pas pour être volatile et batifoler de personnes en personnes se trouvant de nouveaux meilleurs amis chaque semaine, ou presque. Mais de toute façon, Lyra n'avait jamais été très rationnelle et ce n'était pas prêt de changer. Cependant, elle se rendait compte petit à petit que si son rythme cardiaque s'était intensifié à tel point qu'il lui comprimait presque la poitrine depuis qu'elle avait passé le seuil de la porte - et alors qu'elle était plus clean que clean - c'était peut être bien parce que ce qu'elle ressentait pour Oliver ne s'apparentait pas à une simple amitié. C'était étrange comme sensation après avoir passé tellement de temps à le détester, à le maudire et à presque plaindre sa... future femme. Lyra se détacha finalement d'Oliver et s'allongea sur le lit, posant doucement sa tête sur les genoux du garçon, le regardant d'en bas, un sourire enfantin aux lèvres. C'était bizarre, mais elle avait l'impression qu'arrêter de se mentir à elle même la rendait plus légère. Et plus heureuse. Elle était persuadée de pouvoir supporter Tayra et sa cicatrice dégoûtante plus facilement maintenant. Elle attrapa la main d'Oliver et la regarda d'un air perplexe comme si ce qu'elle devait dire y était écrit, avant de la poser sur son ventre et de relever ses yeux noisettes vers lui.
- Tu sais, je trouve ça dommage, tout ce temps qu'on a perdu à se disputer. Je sais que je t'ai souvent embêté, mais je le faisais pas exprès . Enfin, la plupart du temps. Mais en y repensant, c'était amusant, non ? Je crois même que ça me manquera. Parce que... quand tu seras... marié et tout et tout, tu auras un tas d'autres préoccupations bien plus importantes... Lyra se redressa subitement et regarda un instant ailleurs, avant de reposer son regard sur Oliver. Elle avait toujours une facilité déconcertante quand il fallait parler pour ne rien dire mais dès que ça devenait important, elle n'y arrivait pas vraiment. Je crois que je tiens beaucoup plus à toi que je pourrais te le dire, je sais que toi tu aimes Tayra mais, je voulais simplement que tu le saches.
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Oliver laissa Lyra prendre sa main et la poser sur son ventre. Son regard sur elle était nouveau et tendre parce qu'il la trouvait plus agaçante mais adorable et fragile. Il se sentait bien à ses côtés, ni gauche, ni moche, ni coincé juste bien. Mais il savait que cet état ne durerait pas parce qu'il allait se marier et parce que lui raisonnait en terme d'objectifs et de contraintes quand Lyra ne raisonnait pas et cherchait à tout prix à être libre et à vivre sa vie comme elle l'entendait. Oliver se sentit d'un coup mal à l'aise et son visage se ferma en pensant qu'il n'y avait aucun espoir entre eux deux.
- Il n'y a que toi pour trouver ça amusant. Le ton sec et prétentieux d'Oliver se radoucit aussitôt en croisant les prunelles brunes de Lyra. Il esquissa un timide sourire avant de se masser la nuque embarassé par ce Oliver méchant qui faisait surface dès qu'il devait s'ouvrir. En particulier quand c'était devant une personne comme Lyra dont il craignait le jugement mais surtout un fou rire incontrôlé au milieu d'une déclaration d'amour si jamais il trouvait le courage de lui dire juste qu'il tenait à elle. Vraiment. Vraiment beaucoup. Oliver poursuivit donc d'une voix plus douce. Je pense que c'était la seule manière que j'avais trouvé pour réussir à te parler. J'aurais voulu être plus sympa avec toi.
Oliver regrettait de s'être montré injuste et souvent très dire. Il essayait de se déculpabiliser en pensant qu'il l'avait été avec un à peu près tout le monde y compris sa meilleure amie Catherine mais jamais avec la seule personne qui le méritait, sa traitresse de fiancée Tayra qui avait été la seule personne à le trahir quand Collin, Lyra et Becca avaient essayé de leur offrir leur amitié. Oliver se rendait compte maintenant qu'il ne savait absolument pas juger les gens. Mais il était peut-être un peu tard pour un mea-culpa surtout quand son mariage devenait imminent et que ses projets d'avenirs se concrétisaient enfin. Dans quelques années il deviendrait pasteur et Tayra mettrait sans doute en route leur premier enfant cette année. Sa place d'assistant au pasteur de sa paroisse lui permettrait sûrement de boucler les premiers mois mais il devrait sans doute prendre un second travail. Auparavant il était enthousiasmé à l'idée d'avoir enfin des préoccupations et des obligations parce que ça le démarquait des adolescents et des enfants mais maintenant cette perspective l'effrayait parce qu'il avait découvert qu'il y avait plus amusant que de suivre la voie qu'on avait tracé pour lui. Il devait en partie cette révélation à Lyra qui se révélait de plus en plus touchante. Oliver porta doucement sa main à ses lèvres pour l'embrasser, avant de lui sourire tendrement. Il n'avait jamais vécu un moment aussi intense et surtout aussi sincère. Mais sa peur de l'échec et de l'inconnu lui firent perdre tout le courage et tous les mots qu'il comptait prononcer à Lyra.
- Oui... Tayra... Euh... Moi aussi... Je... t'ai... Je dois y aller. J'ai encore pleins de choses à faire pour le mariage.
Oliver se leva de façon un peu brutale, parce qu'il savait que si il restait encore si près de Lyra il risquait de faire une grosse erreur. Comme l'embrasser encore une fois, où lui avouer qu'il était fou amoureux d'elle et qu'il n'avait plus aucune envie d'épouser Tayra, que cette seule idée le rendait malade et lui brisait le coeur alors qu'il avait toujours été persuadé de ne pas en posséder. Oliver essaya d'arranger au mieux son polo évitant ainsi les yeux de Lyra. Il avait l'impression d'être dans un mauvais sitcom et d'être dans la peau du héros qui s'appercevait à quelques heures de son mariage que la fille qu'il avait toujours détesté était en réalité celle qui désirait. Une situation téléphonée qui était pourtant véridique et réelle aujourd'hui. Oliver savait que rien ne l'obligeait à épouser Tayra sinon l'honneur, le respect et le sens du devoir. Des valeurs qui lui étaient très chères. Assez en tout cas pour laisser un piège mortel se refermer sur lui en épousant une femme qui lui inspirait de la pitié parce qu'elle était devenue rancunière et mauvaise. Tellement qu'il n'arrivait même plus à la détester pour ses années de tromperie et de cocufiage. Oliver était maintenant dans l'encadrement de la porte, les yeux enfin sur Lyra. Il savait que c'était le moment où jamais de lui dire à quel point il l'aimait maintenant qu'il savait que c'était réciproque et qu'une fille aussi jolie et attachante qu'elle réussissait à le trouver attirant au point de l'embrasser. Toutefois il savait qu'il devait se méfier des critères de beauté de Lyra vu qu'elle adorait son Peter un espèce de raton laveur écoeurant et son Manu une espèce de mec gémissant et pêcheur qu'il avait rencontré lors de la semaine du Pardon. Oliver savait qu'il devait se lancer mais les mots ne réussissait pas à sortir comme lors de son premier discours à l'église. Il tourna alors les talons et se rendit au salon pour y attendre le retour de Tayra.